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Isabel Bertelot

Le travail d'Isabel Bertelot résiste à la définition. En effet, fondée sur l'utilisation de pigments en poudre quasi purs, parfois même appliqués directement sur la toile, cette œuvre possède d'emblée un caractère singulier. D'autre part, ni tout à fait abstraite ni tout à fait figurative, elle se promène allègrement à la frontière entre les deux catégories. Alors que les toiles d'Isabel Bertelot nous offrent de prime abord un éclat vivement coloré dont la violence est tempérée par un aspect généralement mat, bien vite des formes y apparaissent : des formes en mouvement ?

Mais à l'instant même où ces éléments se révèlent, notre œil est repris par l'intensité et le flux des couleurs, bleus somptueux allant du presque fluorescent au presque noir, rouges et roses profondément chaleureux. Ce va-et-vient entre la forme et la couleur dote ce travail d'une véritable vie interne qui ne cesse de régénérer notre regard en lui proposant toujours la possibilité d'une accommodation différente.

Puisqu'il s'agit de vie, il s'agit aussi du temps qui passe, et c'est l'une des grandes forces d'Isabel Bertelot d'inscrire cette donnée temporelle au cœur même de son œuvre. Patinées, grattées, craquelées, ses toiles, bien que résolument contemporaines, nous font voyager tout autant vers l'hier que vers le lendemain. En laissant affleurer leurs couches souterraines, elles nous donnent à voir leur propre passé qui sera peut-être également leur lointain avenir.

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A travers ce jeu d'illusion figurative et temporelle, on pourrait alors se risquer à trouver un sens autre qu'ornemental aux idéogrammes (la figure du lapin blanc, celle de l'enveloppe des petits bonbons chinois au goût de lait, les « White Rabbit ») qu'Isabel Bertelot, imprégnée de culture asiatique, aime insérer dans ses toiles tel un sceau : ne seraient-ils pas là finalement pour nous rappeler cette conception orientale d'un monde dont l'ultime vérité est précisément le caractère illusoire de la réalité, son impermanente flamboyance, son instabilité profonde, fondant ce que les Japonais nomment « le monde flottant des apparences » ?

Mais peut-être, comme souvent devant une œuvre forte et cohérente, tous ces mots sont-ils de trop et sans doute faut-il avant tout célébrer chez Isabel Bertelot l'immense plaisir de la création, de la recherche esthétique, de la transmission par tous les canaux de la sensibilité d'un monde intérieur qui ne peut s'exprimer pleinement qu'à travers un langage plastique, plaisir qui devient pour celui qui passe et qui regarde un simple et délicieux plaisir d'être là.

C'est au bout du compte ce bonheur qui donne à l'œuvre d'Isabel Bertelot une certaine forme de légèreté, seule invitation aujourd'hui recevable pour qui souhaite s'acheminer vers une quelconque profondeur.

Jean Pennec 

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